27.02.2006

C'est la plus belle

Moi, je suis bégueule. Les pas belles, désolé, passez votre chemin, vous ne m'interessez pas. Du balai.
Mais la beauté, c'est quoi au fait pour moi?
La beauté c'est le visage et ce qui s'en dégage. Que dans ses phases nutella-shortbread elle pèse 61 kg pour ses 1,68m ou qu'elle fasse 52 kg dans ses phases oisillon, je la trouve toujours aussi belle et aussi désirable. Son corps change et mue, sa peau est soyeuse et douce. La beauté c'est ça.
La beauté c'est quend elle me dit "m'en veut pas, je dois y aller", parce qu'un garçon, un autre l'attend en bas, qu'elle a si peur de ne pas plaire, tellement envie de savoir si elle fait encore de l'effet à quelqu'un, qu'il faut qu'elle y aille et que je la laisse partir.
La beauté, c'est de ne rien lui dire, de lui mettre le doigt sur la bouche quand elle arrive, maladroite tôt le matin, parce que finalement, dans ce lit qui n'est pas le sien, elle s'est trouvée si mal qu'il a fallu qu'elle s'en aille, en laissant un mot gentil et désolé et qu'elle voudrait me le dire, mais que je n'en veux rien entendre.
La beauté c'est les yeux qu'elle porte sur le monde, son regard bleu et lointain, trop lointain ces derniers temps, ces derniers temps ou elle a voulu mourir.
Quand je l'ai retrouvée, gisante dans la salle de bain, elle était encore très belle, toujours aussi belle.
Dans le service de réanimation, toute intubée, entourée de monitors qui évaluaient sa tension, nue sous les draps, malgré les tubes et les electrodes, elle était encore belle à en mourir.

23.02.2006

A House Is Not a Motel

Définitivement, une maison, un foyer n'est pas un motel. Un endroit où l'on vient quand on veut, dont on repart quand ça vous chante. Une maison, un foyer, c'est pas ça. Et c'est pas toujours facile à mettre en place, à faire comprendre : mon père me le répetait suffisemment : "c'est pas l'hôtel ici", me signifiant que je pouvais difficilement m'extraire de certaines contraintes à minima régissant la vie en commun, quand bien même j'avais quinze ans et je me foutais de tout sans m'en cacher : l'horaire des repas ou l'heure des sorties, par exemple.
Peut-être est-ce dû au fait que notre première maison à deux fut un hotel, qui nous abrita deux jours durant à Caen, en avril de l'année dernière. Mais je ne crois pas
Nadège. Oui, c'est son nom. Que vous dire d'elle si ce n'est que son problème c'est de ne pas être Linda Evangelista avec le cerveau d'Albert Einstein? C'est vrai qu'elle n'est ni l'un ni l'autre, mais sans déconner qu'est-ce qu'on s'en fout ! Pourtant, elle a failli en mourir à plusieurs reprises, mon andouille de Vire.
Ceci dit, cette digression nous éloigne du sujet : A House is Not a Motel. C'est pas de moi. C'est le titre d'une chanson. C'est drôle, car elle a été écrite dans une période où tout semblait libre et possible. Mais où, malgré tout cela, des règles, certaines règles en tout cas, existaient. Elles en remplacaient d'autres.
Oui, a House is not a Motel. La vie même n'est pas un Motel. On ne peut s'en extraire sans danger. Car elle est toujours là, tapie au coin du bois et elle ne vous rate que très rarement.
Les deux premiers vers de cette chanson sont :

At my house I’ve got no shackles
You can come and look if you want to


Chez moi, il n'y a pas d'entraves,
tu peux venir voir si tu le souhaites.

La vie c'est des contraintes. Aimer en est une. Les contraintes rendent libres. C'est sur elles que l'on ricoche et que la vie rebondit. Il n'est pas de personne au monde plus entravée que celle qui ne se donne aucune limite. Parcequ'il n'est rien de plus beau et rien de plus noble que les contraintes auxquelles l'on décide, librement, de s'astreindre. Et la preuve de ce que j'avance, c'est que le nom du groupe qui, en 1967, interpréta la chanson qui donne le titre de cette note, à un nom qui colle parfaitement à l'occasion : Love.

13.02.2006

Marie pense à moi

Tu aimerais bien la séduire
mais laisse moi juste te prévenir
tu n'as pas l'ombre d'une chance
Malgré ta superbe buick blanche

Car Marie pense à moi
Marie ne regarde que moi
et passent les saisons
Marie répète encore mon nom

Tu rêves de l'emmener danser
dans la boîte de ton quartier
pour montrer autour de toi
qui tu tiens entre tes bras

Mais Marie pense à moi
Marie ne regarde que moi
et passent les bateaux
Marie répète encore mon nom

Je suis souvent loin d'ici
je vais ou me mène la vie
mais qu'importe les pays
si elle m'imagine ici

Car Marie pense à moi
oui Marie n'entend que ma voix
et passent les avions
Marie répète encore mon nom


Tu sembles faire marche arrière
et tu t'en vas vers l'hiver
si tu repasses par ici
ne t'arrête pas une seule nuit.


Julien Baer

12.02.2006

Faisons un rêve

C'est très joli, les rêves. Très agréable. Je ne parle pas ici des cauchemars, ni même de ces rêves parfois insolites qui vous cueillent au coeur de la nuit.
Je vous parle de ceux que l'on peut faire éveillé, tranquille, les yeux parfois ouverts, parfois fermés. Ceux qui vous font frissonner l'échine comme le baiser inattendu qui vient se poser doucement dans votre cou quand vous vous y attendez le moins.
Mon rêve à moi, a un visage et c'est le sien.
Mon rêve, c'est de m'éveiller chaque matin à ses côtés.
Mon rêve, c'est de faire l'amour avec elle souvent, mais de baiser avec elle, aussi.
Mon rêve c'est nos enfants avec nous.
Mon rêve, c'est ses livres mélangés aux miens, ses disques rangés aux côtés des miens, par ordre alphabétique.
Mon rêve, c'est tout ce que l'on a en double et qui ne nous pésera pas.
Mon rêve c'est un placard avec ses affaires et les miennes rangées côte à côte.
Mon rêve c'est pas de chez moi, plus de chez elle, mais un chez nous.
Mon rêve c'est des courses, des frigos à remplir et à vider, des achats d'impulsion, des mois avec et des mois sans.
Moi qui suis très bavard, qui l'ouvre parfois à tort et à travers, mon rêve c'est de longs silences qui seront encore de nous. Mais pour ça, il va falloir que je bosse un petit peu.
Mon rêve c'est de l'entendre pester parce que je l'enquiquine, je l'irrite, je l'horripile, pour des choses graves ou moins graves et que la réciproque soit vraie.
Mon rêve porte deux noms, le sien et le mien, réunis par un & ou un et.
Et mon rêve est en train de devenir réalité.
Plus d'adieux dans les gares que l'on expédie trop vite ou pas assez. A la place, la joie des retrouvailles, la même, mais tous les soirs et pas une ou deux fois par semaine.
Et le premier qui dit que la vie n'est pas belle, je lui colle mon poing dans la gueule, même si c'est moi.

Tes mains

Je les aime tes mains, chérie.
Sont-elles belles, sont-elles féminines comme l'on peut dire, longues et fines comme les mains des filles sont censées l'être? Pas vraiment.
Je sais bien que tu ne les aimes guère, mais je serais bien en peine de citer une partie de ton corps que tu aimes; au mieux, me semble-t-il, il est des endroits que tu ne détestes pas trop.
Tes mains sentent souvent le tabac. Moins qu'avant, qu'avant quand tu fumais des gitanes brunes au goût acre, qui te laissaient parfois des marques sur les doigts.
Je ne trouvais pas cela disgrâcieux. Mon grand père avait des marques similaires, pires encore je crois. Et surtout, les gitanes maïs qu'il fumait avaient fini par colorer très légèrement sa moustache. C'est le principe de la clope au bec.
Pendant des années, j'ai rêvé d'une photo affichée dans l'entrée de ton appartement rue des Gobelins, où tu te tenais sur un tourniquet. Elle te décrivait aussi bien que toi alors, et ça continue.
Ce soir, alors que nous discutons au téléphone, je contemple cette photo que j'ai tant et tant désirée et qui trône dans mon salon, et je remarque que tu n'a pas perdu tes mains d'enfant, agrippant les barres metalliques. Tu les as toujours, c'est ce qui les qualifie le mieux. Des mains d'enfant. Ton sourire d'enfant aussi, tu ne l'as pas perdu.
Des yeux d'enfant et des mains d'enfant, sur tout ce que tu embrasses du regard, ce que tu touches. J'adore ça. J'aime les enfants, même s'ils m'intimident tant.
Je n'aime rien tant que tes mains quand elles se posent sur moi. Sur mon dos, que tu caresses sans te gêner alors que je te le tourne et que je vaque à mes occupations, la main que tu passes sur mon visage pour y recuillir la larme qui va couler, la main, impudique, qui parfois se glisse dans ma culotte; celle du train, qui guidait la mienne vers ton entrejambe. Celle que tu promènes parfois sur mes cheveux quand je viens mettre ma tête entre tes cuisses.
C'est peut-être pour cela que j'adore la veille de nos retrouvailles. Quand je peux enfin te dire :
A deux mains, mon ange.

Ta voix

Moi, elle m'a toujours plu ta voix, chérie. Je m'imaginais, parfois, je rêvais, beaucoup, que tu chanterais un jour, avec moi à la guitare. Mais il suffit que tu saches que tu pourrais en faire quelque chose pour que ta voix se brise. Quant à ta voie, elle prend parfois le même chemin, tu ne touves pas? Alors pour le duo, ça va pas être tout de suite possible, on ne pourra pas chanter "something stupid" tous les deux et c'est bien dommage.
Tu peines parfois à la trouver.
Elle est parfois sûre et volontaire, affirmative et explosive. Elle peut être sèche, cassante, rude et rêche. Ta voix dit tout, souvent mieux que tes mots.
C'est collé à moi qu'elle m'épate le plus ta voix. Elle se fait incroyablement souple, douce, caline, tout ce que tu sais être mieux que quiconque et que tu me donnes à voir. Elle plane en douceur, comme cotonneuse.
Bref, pour la modération, tu regarderas peut-être encore longtemps dans le dictionnaire, chérie, mais pour la modulation : ne change rien.

On partage ?

La question peut paraître saugrenue. Saugrenue qu'elle semble saugrenue, même. Car tu es très partageuse chérie, très prompte à faire profiter les autres de tes connaissances, tes expériences, belles ou moches, ton savoir-faire.
Je ne sais plus comment nous en sommes arrivés là. Sous les draps, nous devisions, ne parvenant pas à décider si nous avions envie de dormir ou de faire l'amour ensemble. Je crois que c'est moi qui ai proposé que nous faisions, en lieu en place, un baccalauréat à base unique de mots grossiers et liés au sexe. Je ne savais pas que je m'aventurais avec toi sur un terrain, c'est le cas de le dire, extrêmement glissant. C'est drôle, car il y a quelques mois, tu n'étais pas à l'aise avec ça. Il n'y a pas si longtemps, tu désirais prendre mon zizi dans ta bouche. Aujourd'hui, il t'arrive de vouloir sucer ma queue.
C'est en arrivant à la terre E que je lâche "éjac faciale". Tu trembles. "Tu l'as déjà fait?" me demandes-tu. Je réponds par l'affirmative, un souvenir pas très agréable au demeurant, car non voulu pour moi. Toi aussi tu l'as déjà fait, il y a longtemps, et je crois savoir avec qui, car il ne sont pas très nombreux les garçons avec qui tu as baisé sans préservatif. "Plutôt pas mal", dis-tu.
"Oh", ajoutes-tu dans un souffle, en frottant tes cheveux sur mon épaule, "j'adorerais". Mais pour cela, il faut que tu me masturbes. Tu as peur de ne pas y arriver mais tu viens pourtant placer ta joue gauche sur mon ventre. Ton visage touche presque mon sexe et je prends ta main pour te montrer où la placer et comment tu dois le tenir. Puis, longtemps, j'accompagne ton geste, qui devient de plus en plus assuré. C'est la première fois que tu branles un garçon et tu t'en sors très bien, car, bientôt, je me raidis de plus en plus, je sens mon sexe se gonfler et, soudain, un liquide épais et chaud bat dans l'air et viens mourir sur ton visage, dans ton cou, sur tes cheveux et mon ventre.
Tu pousses un petit grognement satisfait et je t'entends bientôt te repaître goulûment de mon sperme, le lapant à petite gorgées, ramassant celui qui est tombé sur mon ventre du bout des doigts et t'en délectant comme je t'ai déjà vu le faire quand tu prépares une pâte à tarte qui te colle aux doigts.
Ton visage s'approche alors du mien et un immense sourire illumine ton visage tout entier. "On partage?"
"Oui" fais-je dans un souffle. Alors lentement, tu viens poser tes lèvres sur les miennes, nos langues se mélangent, notre salive se mélange, mêlée à mon sperme, encore chaud, qui donne une consistance crémeuse et indéfinissable à nos baisers salés. Si c'est ça, partager ta vie, alors moi, je dis oui sans hésiter.

Ses improbables culottes

Elle et les fringues, c'est toute une histoire.
Elle ne prend pas soin d'elle. C'est du moins l'air qu'elle aime à se donner.
Elle ne prend pas soin de ce qui dépasse. Pas soin de ses mains, pas soin de son visage, pas de maquillage, pas soin de ses cheveux. Vous pouvez toujours vous brosser pour la voir peignée.
Mais pour le reste, elle se lotionne, se crème, se régénère, se dynamise, se déodorise, s'épile, se rase. Pour ne pas être accusée de prendre soin d'elle et que ça se sache. Pour qu'on ne pense pas qu'elle le fait pour plaire. Ou peut-être parce qu'elle ne réserve ces soins qu'à ceux qui ont la chance de voir autre chose que ce qu'elle donne à tout le monde : ses mains et sa tête bien faite. Si tel est le cas, je suis un vrai privilégié.
Vous ai-je dit à quelle point je la trouve belle ? C'est pire que ça : elle m'émeut, la vache.
Ses robes sont souvent incroyables. Je me souviens assez bien de celle qu'elle portait place du Châtelet. Vieille histoire toujours là. Je la revois monter dans son bus. On ne voyait qu'elle.
Mais ça m'éloigne de mon sujet.
Ses culottes sont émouvantes aussi. Le soin qu'elle met à les choisir tout autant. Simples, en coton, pratiques. Confortables. Elles lui dessinent admirablement la taille, dessinent joliement ses fesses. Leur couleur est souvent indéfinissable. Est-ce un rose ou un garance clair? Un rouge ou un marron carmin? Un violet ou du pourpre? Bien malin qui pourrait le dire, même si j'ai parfois eu l'occasion de la voir les mettre ou les enlever, c'est selon les envies, en plein jour. Dans le dernier cas, devinez quoi : c'était pour faire l'amour avec moi.
"Branleeeeeeeur !" dit le coeur antique à qui j'ai depuis bien longtemps mis l'o à la buche à force de dire qu'elle est belle.
Mais ses culottes méritent qu'on s'y attardent encore un peu.
Ses culottes sont en avance sur son âge. Pourtant, elles la rajeunissent. Elle n'a pas ou plus besoin de porte-jarettelles, de dessous transparents en dentelles, de strings ou de je ne sais quel artifice pour être une femme. Elle l'est et elle s'en fout, quand tant d'autres y aspirent. Elle voudrait n'être qu'une fille. Ca s'entend dans ce qu'elle dit de l'autre moitié de l'humanité. "Et toi, tu as déja couché avec un garçon?" N'importe qui d'autre dirait "un mec", "un homme". Mais son monde à elle est exclusivement rempli de filles et de garçons.
Ses culottes sont des "Petit Bateau" en majorité. Des culottes de gamine qui ne sait pas se tenir dans la rue et les montre à tout le monde sans malice aucune. Elle a inventé le concept du "cul pur" et s'en fait l'apôtre. Aux roses.
Ses culottes, c'est elle. Elles la tiennent, l'enserrent, la confortablent, la cotonisent, la souplent, l'élastiquent. Une fois débarrassée de sa robe ou de sa combinaison, de son pantalon ou de sa jupe, de son haut si elle en a un, de son soutien-gorge quand elle en met, avant d'être tout à fait nue, elle est tout ce qu'elle est et qu'elle ne sait pas :
Culottée.

La punition

Je ne sais pas d'où ça vient et pourtant j'aimerais bien le savoir. Je ne désespère pas d'y parvenir.
Mais voilà, on échappe pas à ses lubies, même quand elles sont désastreuses, qu'elles vous amènent parfois au fond du gouffre.
J'ai toujours été vérouillé par la peur de déplaire. De n'être pas assez beau (et de fait je ne m'aime pas), pas assez fort (et je ne suis pas très costaud), pas assez intelligent (la culture ça ne remplace pas et puis la quelle ? Le titre du 43rd regiment of Foot (Ox and Bucks - trop fastoche!), qu'est-ce qu'on s'en fout), trop hâbleur (et j'ai du mal à fermer ma gueule), trop prétentieux (et il m'arrive de l'être), trop vulgaire (n'en jetez plus!)...
Et j'ai toujours l'impression que la punition va être immédiate. Brutale. Et définitive. Ah, tu n'est pas d'accord? Ah, tu viens de dire quelque chose d'inexact? Ah, tu t'es trompé? Ah tu as des défauts?
Et bien... MANGE. CHAUD. TOUT DE SUITE. JE TE QUITTE. TU NE VAUX RIEN. TU N'ES QU'UNE MERDE.
C'est un état fréquent, que j'évite d'étaler, ça effraye les gens. Je le garde pour moi. Mais dans ces moments là, c'est une évidence : J'ai pas le droit à l'erreur. Je ne peux pas me le permettre. Vous si, bien sûr, vous l'avez parce que vous tous, vous êtes tellement formidables et je le pense. Mais moi je sais très bien que si je tombe, je tomberai seul.
Je suis le clown qui fait du stage diving et face auquel la foule s'écarte pour le regarder s'écraser au sol en riant de sa bêtise et de ses côtes cassées.
Je suis le mendiant du métro qui rentre dans la rame et ne prononce plus un mot.
Je suis derrière chaque visage d'enfant ayant perdu sa mère ou son jouet le plus cher.
Je suis le soldat mort dans chacune de mes guerres.
Je ne suis presque déja plus là. Sauf parfois, quand je peux glisser ma main dans son cou ou ses cheveux. Même si ça m'angoisse terriblement, que j'ai souvent du mal à ne pas penser que tout ceci n'est qu'une farce, que le rideau va tomber et qu'elle va regagner sa loge en me disant "bonsoir - tu n'oublies pas que demain, c'est relâche?"
Le re-lâche, c'est moi. Demain ça sera forcément mon jour. Ou pas.

Ce soir là

Ce soir là, j'ai entendu une des pires phrases que peut prononcer un être humain : "je me hais".
Ce soir là, elle était pourtant comme avant et elle est restée de même après.
Ce soir là, j'ai eu très peur pour elle, pour nous pour moi. Pendant une fraction de seconde, je me suis dit que ça n'allait pas être possible, que c'était sûrement moi qui la mettait dans un état pareil. Je me suis demandé ce que j'avais pu faire et dire qui l'avait à ce point destabilisée.
Ce soir là elle pleurait à chaudes larmes. Ce n'était pas la première fois, je l'avais déjà vu pleurer, de joie, mais pas comme ça.
Ce soir là elle a fait confiance.
Ce soir là, elle a enfin, enfin, enfin baissé la garde.
Ce soir là, elle l'a crachée sa valda, mieux qu'elle ne l'avait jamais fait devant moi.
Ce soir là, ça flatte mon égo, je me suis soudain senti important. Je ne suis pas sûr de m'être jamais senti important juste pour qui je suis.
Ce soir là elle n'était pas plus belle que la veille, mais certainement pas moins.
Ce soir là, sans rien dire, elle a dit "je suis vivante"
Elle a dit "je suis frêle"
Elle a dit "je suis comme ça, c'est moi aussi"
Elle a dit "c'est trop lourd à porter tout seul, même quand on est un bon petit soldat"
Ce soir là j'avais les mains qui pesaient des tonnes, les mots qui restaient collés dans la bouche. Moi qui suis si prompt à raconter des conneries, ma nonchalance n'était plus de mise.
Ce soir là j'ai compris que quand elle dit "aïe" c'est pas du flan. La preuve en larmes sur blanc.
Ce soir là, j'aurais aimé trouver des mots qui ne sont pas sortis.
Ce soir là, j'ai pas pu le lui dire, parce que je pensais que ça lui ferait une belle jambe et qu'elle les a belles, ses jambes. Je voulais lui dire "peut-être que ça change rien pour toi, mon ange, mais si toi tu te hais, moi je t'aime."
Mais dès fois, peut-être, avec les mains, les bras, les doigts passés dans les cheveux, on arrive à dire ça.

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