12.02.2006
Saint Etienne
Il faut le dire : J’avais terriblement peur. Peur d’être déçu. Peur qu’elle ne soit pas restée aussi belle que dans mon souvenir, qu’elle ne me plaise plus, peur de ne pas lui plaire ou pire, de lui déplaire. J’avais peur, mais comme c’est un état que je connais bien, qui m’est assez familier, au sens presque strict du terme, familial, je décidais, je crois bien pour la première fois de mon existence, qu’il était temps de confronter mes rêves et mes envies au fameux principe tant redouté de réalité.
Ce qui s’est passé, et comment cela s’est passé, c’est un peu mon affaire, un peu la sienne, cela mériterait peut-être un livre, un week-end pareil. Parce qu’en en revenant (mais en suis-je revenu ?) j’avais l’impression d’être parti des mois. En fait, d’avoir pris, ou rattrapé, en deux jours, des années. A la réflexion, c’est bien rattrapé : comme si, mon âge biologique avait traîné derrière lui des expériences en retard, comme si je coïncidais tout à coup avec moi-même, presque pour la première fois.
J’avais peur, comme elle, que ça se passe mal, nos retrouvailles. Mais comment des retrouvailles pourraient-elles échouer quand on ne s’est jamais vraiment quittés ? Certains, que j’avais cru bon d’avertir, me mettaient en garde contre la tentation du réchauffé, guère indiqué, me disaient-ils, d’une manière générale, pour les grands garçons un peu mal à l’aise et un peu brisés. Du réchauffé ? C'est bien mal nous connaître.
J’avais peur de l’hôtel. C’est bête, n’est-ce pas ? Peur que cela soit sordide et moche. C’est en rentrant dans la chambre avec elle, en posant nos affaires, qu’on peut enfin s’embrasser. Toutes mes craintes et mes peurs s’évanouissent dans ses bras. Plus tard, je parvenais même à appeler cet endroit « la maison » tandis que nous nous en rapprochions.
Quand je me trouve soudain dans ses bras, tout bascule. Ma vie et nos corps. Savez-vous, pouvez-vous avoir l’idée de l’état de palpitation d’une peau, de sa tension, quand elle attend la caresse de ces mains là depuis dix ans ? Qu’elle les espère, les désire ? Non, vous n’êtes pas comme ça, vous êtes simple : Vous voulez et puis voila, ça se produit ou ça ne se produit pas, vous ne cherchez pas plus loin que ça. Désolé, je suis hors-norme et elle aussi, ça tombe bien, non ?
Elle a un recto et un verso. Au blanc de la peau élastique de son ventre répond la constellation de son dos. Taches de rousseurs dites-vous ? Non, c’est du velouté, de l’élastique, mais vous ne comprendriez pas ce que je veux dire. Vous voulez, vous avez ; ou pas. Moi pas. Je suis têtu et elle aussi. Les agendas, les tu veux ou tu veux pas, ce ne sont pas des choses qui nous arrêtent.
La suite des évènements est à nous et rien qu’à nous, vous pouvez passer votre chemin. Mais après, dans le calme et la volupté, qui poursuivent le calme et la volupté de l’avant, je m’installe confortablement, sur le dos. Et elle aussi. C’est drôle, mais significatif : c’est la seule fille que je connaisse qui fume des cigarettes après avoir fait l’amour. Du moins, que je connaisse et avec qui j’ai fait l’amour. Et là, doucement, sa cigarette à la main, elle vient poser, tranquillement, sa tête sur mon épaule. Elle est à mes côtés, sur le dos, ses cheveux chatouillent ma joue et mes narines. Et dans l’obscurité pale de notre chambre, les yeux fixés au plafond, peinant encore à réaliser que ça y est, j’ai pris ma vie en main grâce à elle, que rien ne sera plus jamais comme avant, dans l’odeur de sa peau, de nos sueurs mêlées qui sentent si bon, sur laquelle la fumée de cigarette plane en douceur, me vient un mot, un adjectif tout simple et inexistant : tu es voluteuse, chérie.
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