12.02.2006
Clair de lune et papiers dérangés
Ce soir là, tu étais bien. Les volets entrouverts, comme il fallait, le bon éclairage, un stylo, du papier. Seule. Et puis il a un peu tout gâché en ouvrant la porte. Le courant d’air. La magie de l’instant s’est envolée. L’éclairage n’était plus le même. Ca devenait peut-être presque moche. C’était fini. Tu ne lui as rien dit. On ne peut pas en vouloir à quelqu’un qui avec qui on vit et qui vient vous dire « bonne nuit » avant d’aller au lit. C’est ce que tu crois. Parce qu’au fond, le problème n’est pas tant la personne avec qui on vit que les sentiments que l’on a pour elle. Si tu l’avais, à ce moment là, aimé cet homme, tu te serais retourné vivement pour lui dire de faire attention au courant d’air. S’il t’avait aimé, tu aurais pu le lui dire. Il aurait tenté de réparer et quand bien même il ne l’aurait pas aussi bien réparé que ça, tu le lui aurais pardonné, parce que c’est pas si grave, un millimètre. Faut être modeste : Entre la beauté et la laideur d’un visage, dès fois, ça se joue à quoi ? un nez un tout petit peu trop long, un front un peu trop fuyant, des pommettes un peu trop saillantes, mais de combien ? Si tu l’avais aimé cet homme, tu aurais peut-être eu envie de partager ça après t’en être régalée toute seule, tu serais peut-être descendue le chercher à pas de loup dans l’escalier. Devant sa mine interdite parce que tu viens de te saisir de la télécommande et de couper le film en mettant ton index sur sa bouche, tu aurais souri de toutes tes dents. Tu l’aurais pris par la main et vous auriez monté lentement l’escalier. Il se serait dit, s’il t’aimait cet homme, que tu avais une envie folle de faire l’amour avec lui et aurait sentir son désir monter l’escalier avec lui. Alors peut-être qu’il aurait été un peu étonné que, toujours sans un mot, tu lui montres le clair de lune. Peut-être d’ailleurs que vous auriez fait l’amour comme ça, devant la fenêtre et la lune. Mais vous n’étiez juste pas les bonnes personnes. Et que vous n’ayez pas été les bonnes personnes ne signifie pas, pas plus pour lui que pour toi, que ce genre d’évènements n’est réservé qu’à la littérature.
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