12.02.2006
Ce soir là
Ce soir là, j'ai entendu une des pires phrases que peut prononcer un être humain : "je me hais".
Ce soir là, elle était pourtant comme avant et elle est restée de même après.
Ce soir là, j'ai eu très peur pour elle, pour nous pour moi. Pendant une fraction de seconde, je me suis dit que ça n'allait pas être possible, que c'était sûrement moi qui la mettait dans un état pareil. Je me suis demandé ce que j'avais pu faire et dire qui l'avait à ce point destabilisée.
Ce soir là elle pleurait à chaudes larmes. Ce n'était pas la première fois, je l'avais déjà vu pleurer, de joie, mais pas comme ça.
Ce soir là elle a fait confiance.
Ce soir là, elle a enfin, enfin, enfin baissé la garde.
Ce soir là, elle l'a crachée sa valda, mieux qu'elle ne l'avait jamais fait devant moi.
Ce soir là, ça flatte mon égo, je me suis soudain senti important. Je ne suis pas sûr de m'être jamais senti important juste pour qui je suis.
Ce soir là elle n'était pas plus belle que la veille, mais certainement pas moins.
Ce soir là, sans rien dire, elle a dit "je suis vivante"
Elle a dit "je suis frêle"
Elle a dit "je suis comme ça, c'est moi aussi"
Elle a dit "c'est trop lourd à porter tout seul, même quand on est un bon petit soldat"
Ce soir là j'avais les mains qui pesaient des tonnes, les mots qui restaient collés dans la bouche. Moi qui suis si prompt à raconter des conneries, ma nonchalance n'était plus de mise.
Ce soir là j'ai compris que quand elle dit "aïe" c'est pas du flan. La preuve en larmes sur blanc.
Ce soir là, j'aurais aimé trouver des mots qui ne sont pas sortis.
Ce soir là, j'ai pas pu le lui dire, parce que je pensais que ça lui ferait une belle jambe et qu'elle les a belles, ses jambes. Je voulais lui dire "peut-être que ça change rien pour toi, mon ange, mais si toi tu te hais, moi je t'aime."
Mais dès fois, peut-être, avec les mains, les bras, les doigts passés dans les cheveux, on arrive à dire ça.
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